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Lettre a l’aventurière


Reading Time: 7 minutes

Des pensées perdues qui s’amoncellent dans une tête bien trop étroite pour les contenir toutes. C’est à cela que sert l’écriture : se défaire du trop plein. Vider l’esprit afin que le flux des idées puisse a nouveau circuler librement.

C’est amusant de voir comme le voyage permets de relativiser le temps. L’heure n’existe plus que pour certains aspects matériels et pratiques.

 

J’ai enfin pu me libérer du poids émotionnel qu’était le vol du vélo. Les quinze premiers jours, je ne ressentais rien. Ni haine, ni colère, ni tristesse. Le grand vide. Au contraire, j’en riais. Un rire jaune, certes, et un rire qui me permettais de relativiser. Il me reste mon corps, mon Âme, mes jambes. De quoi d’autre ai-je besoin après tout ?

En fait, j’ai juste enfoui ces sentiments car je ne pensais pas qu’il était digne d’être en colère ou triste. Je ne me donne pas le droit de ressentir ces émotions vu que je ne les considère pas comme nobles. Et je reste un Humain, un simple être humain. Poussière dans l’univers. Les émotions sont partie intégrante de notre aspect intellectuel. C’est cela, dit-on, qui nous différencie d’autres animaux. Le chemin qui mène à l’acceptation de ces sentiments est plus cahoteux que nombre de chemins que je parcours en ce moment. C’est amusant et en même temps déroutant que ce qui soit au plus proche de moi soit aussi délicat a atteindre.

Le voyage est tout autant intérieur.

 

Cette perte de « Wilson », ma monture, m’a permis de relativiser ma position. Me dire que j’ai la chance et le luxe de m’être offert ce matériel. Tant de patience et d’économies et quelqu’un vole cela. Cette possession matérielle, cet objet qui m’appartient. Quelqu’un a volé ce vélo car cette personne en a besoin ou a besoin de l’argent procuré par sa revente afin d’assouvir ses nécessités. C’est bien un signe d’inégalité, non ? Il m’est facile de critiquer ce voleur (ou cette voleuse, qui sait ?) du haut de mon confort petit bourgeois. Je ne connais pas la réalité de cette personne. Je ne connais rien de la misère. Je ne connais rien de la faim et de la soif. Je ne ressens pas le besoin, l’impératif de voler puisque j’ai tout ce qui m’est nécessaire, voire sans doute superflu selon la définition de ma zone de confort.

Finalement, c’est un besoin de radicalité que j’ai en moi qui trouve ici écho.

 

Quelques jours avant le départ, je me faisais une réflexion quant au matériel que j’emportai avec moi : ai-je vraiment besoin de tout cela ? Quelle est l’essence du voyage ? Qu’importe le moyen de voyager, n’est-ce pas seulement cette transition, ce passage qui importe ? Je ressentais au travers de ces questions un véritable besoin de sortir de cette fameuse zone de confort. Une envie de me mettre « en danger », d’aller plus loin encore dans la radicalité de moyens matériels qu’impose la transhumance. Le vélo est tout de même un outil lourd, nécessitant  une logistique tout aussi lourde.

Ce que je cherche a travers le voyage, ce sont les découvertes. De moi, des autres, de mon environnement terrien. Mais je recherche aussi la liberté. Une liberté de ton, de mouvement, d’expression. J’avais le sentiment que tout ce poids physique était un frein à cette quête de libertés. Ces questions me ramenaient a l’idée d’un voyage plus simple, plus pur, plus radical.

L’idée de n’avoir qu’un simple sac à dos et deux jambes. Très peu de matériel, pas d’argent. Seulement ma tête, libre de tout parasite. Un esprit libre, voilà sans doute ce que cela veut dire. La seule force de mes muscles pour chaque jour avancer dans cette quête de moi qui m’obsède depuis tant d’années.

Je ne crois ni aux destins, ni aux signes. Je pense juste que cette coïncidence tombe à pic, afin d’expérimenter plus en avant ce qu’est vivre avec moins. Vivre avec le minimum. Je trouve ça amusant. Ce genre de réflexions qui me viennent et, quelques jours après, l’épine  dorsale de mon voyage m’est retirée. Une amputation non désirée.

J ai toujours cherché des solutions et des alternatives à ce monde matériel bien que je m’y sois baigné -et m’y baigne encore parfois- jusqu’à la lie, bien que j’aime un certain luxe et une certaine douceur de vivre.

Continuer ce voyage à pied ne m’enlève rien de mon idée première, de mon projet de faire le tour du monde à vélo. Disons que cela aussi permets de relativiser le temps. Je partirai accomplir ce rêve lorsque je serai pret. Mon père m’a dit un jour : « Quel que soit l’objectif de vie que je me fixe, il ne faut pas lui donner une date ». J’en ai retenu que mettre un terme, une temporalité crée une pression. C’est inutile et contre-productif. C’est avancer avec l’ancre toujours attachée. Je suis certain de regarder vers l’horizon. Tendre vers celui-ci me fait déjà avancer dans la bonne direction. Si l’objectif de faire le tour du monde est tant ancré en moi, je me donnerai les moyens d’y arriver, qu’importent les difficultés, qu’importe le temps que cela prendra.

 

J’apprends donc à ne pas intérioriser mes ressentis, à les laisser s’exprimer librement. Ils doivent vivre. Je ne peux pas les apprivoiser. Ce sont des chiens fous qui courent dans ma tête. Eux aussi sont épris de liberté. On se ressemble et en même temps, on ne se comprends pas.

C’est sans doute là le plus grand parcours à effectuer. C’est, comme je l’ai déjà exprimé, le plus grand voyage, au-delà de tous les déplacements physiques et de toutes les contrées que je peux voir. C’est une aventure destinée à savoir qui je suis. Cette fameuse question philosophique qui tourmente l’Humain depuis tant de millénaires.

Où vais-je ? Qu’importe !

D’où viens-je ? Techniquement, de l’union de deux êtres Homo Sapiens Sapiens. Géographiquement, qu’importe aussi. Je viens de l’univers. Je suis né libre. Je me suis laissé emprisonner par mes réflexions et par les carcans de la société. Je suis le seul coupable de ces choix. Désormais, je veux désapprendre. Je désire ardemment me libérer de ces chaînes forgées avec le temps. Je souhaite redevenir l’enfant insouciant qui accepte ce qui est, simplement. Sans autre regard que la bienveillance. Cette pureté innocente qui libère  le mental de toutes les contraintes, de toutes les limites inhérentes au temps, a l’espace, aux moyens.

C’est un chemin périlleux, long et semé d’embûches. Mais je n’en ai cure. Je dois le faire pour le salut de mon Âme. Nous avons tous des moyens différents d’atteindre cette sagesse, cette « illumination ». Aucun parcours n’est bon ou mauvais. Il est. Il existe. il vit.

 

La chanson disait : « Chacun sa route, chacun son chemin » et c’est à toi, ma voisine, que je passe le message. C’est à toi que je souhaite de vivre ce que je vis. C’est à toi que je souhaite de trouver ce chemin qui est le tien, d’atteindre ta liberté, ton rêve.

Nous ne sommes que des pions sur l’échiquier du monde mais nous sommes faits d’ébène. Nous sommes faits d’ivoire. Et nos yeux, ces pierres précieuses, nous permettent de magnifier les splendeurs du Monde, et en nous-même.

 

Je te souhaite un belle aventure, à toi, la voyageuse,

 

 

 

 


2 comments on “Lettre a l’aventurière”

 

  • LN

    08.13, 2014 at 11:15

    AMEN !

    Bon voyage Nico qu il soit intérieur et exterieur !!

    gros bisous

    ps: si tu passes par l Italie fin aout fais nous signe

  • Bertrand

    08.16, 2014 at 11:58

    Cette lecture m’a beaucoup plu !
    Luxe suprême que de pouvoir s’attarder ainsi sur ses pensées…
    Bon voyage Fieu !


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